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Photo: Ángel Marín
Montserrat Pratdesaba est née à Sant Quirze de Besora (Barcelone) en 1963.
Avec 6 ans elle commence des étudies de solfège et piano et à 12 ans devient passioné de la guitare. Aux 18 ans entre à l´Université Politechnique de Barcelone et combine sa carrière d´ingénieur avec ses études de chant. Début 1988, elle commence, en amateur, à se consacrer au blues, chantant régulièrement à l´emblematique COVA DEL DRAC de Barcelone où elle reçoit le surnom de BIG MAMA.
À partir de 1991 commence vraiment sa carrière professionelle: elle participe à différents festivals de blues et the jazz, à travers toute l´Espagne mais également en France (II Festival International de Blues de Lisieux - Octobre 91).
De cette époque, on retiendra l´étroite collaboration qu´elle entretien avec le groupe Majorquin HARMONICA COIXA BLUES BAND avec lequel, elle enregistra le disque "WALKING BLUES".
(Mas i Mas Records 003) 1993
En 1993 elle avait déjà enregistré sa première production: un disque, en direct avec le groupe qu´elle dirige BIG MAMA & THE BLUES MESSENGERS. Ce CD laisse comme témoinage la force de ses interprétations pleines de vie.
(Discmedi/DM 071) 1994
L´année suivante en 1994, elle produit et enregistre un disque intimiste avec VÍCTOR URIS (harmonica et leader du groupe HARMONICA COIXA BLUES BAND) et aussi AMADEU CASAS (guitarriste de THE BLUES MESSENGERS). Ce CD intitulé " EL BLUES DE LA INFLACIÓ" comprend des compositions en catalan et en anglais, et est diffusé dans les pays catalans. Radio 4 de Barcelone leur donne une mention pour le meilleur apport jazz de l´année 1994. Au même temps BIG MAMA fait un hommage à BESSIE SMITH pour célébrer le centennaire de la naissance de l´Impératrice du Blues.
(Discmedi/DM 095) 1995
En 1995, BIG MAMA fait une collaboration avec le groupe catalan de jazz LA VELLA DIXIELAND. Elle participe à leur dernier travail discographique " RAGTIME" et elle les rejoint comme chanteuse en quelques représentations. Dans la même année 1995, une importante tournée européenne réunit BIG MAMA et les membres d´un orchestre très connu en Argentine: LA PORTEÑA JAZZ BAND. Ils voyagent ensemble afin de participer aux festivals de jazz européens de: San Sebastián, Marciac, Bayonne, Mégève, Orange, etc. Elle chante aussi aux 24 heures du Swing à Monségur avec l´orchestre THE DUMOUSTIER STOMPERS.
(Discmedi/DM 107) 1995
 C´est également en 95 que l´on édite un disque enregistré en 92 par BIG MAMA & THE BLUES MESSENGERS intitulé " BLUES, BLUES, BLUES!". Ce disque consacre ses efforts entêtés pour la diffusion de cette musique.
Entre 1995 et 1996 BIG MAMA dirige deux formations: BIG MAMA & THE MOUSEROCKERS où le répertoire mélange le blues et le rythme effréné du style houserockin´, et BIG MAMA EN JAZZ QUARTET, formation basée sur le swing et où sont recrées quelques blues des plus grands interprètes du XXème sciècle .
Photos: Manolo Urbano (BIG MAMA & THE MOUSEROCKERS) 1995
(BIG MAMA EN JAZZ QUARTET) 1995
Photo: Paper de Música Photo: Barlam
(Discmedi/DM 179) 1996
En 1996 BIG MAMA et l´harmoniciste VÍCTOR URIS enrégistrent le disque " EL BLUES DE L´OMBRA BLAVA" où ils interprètent ses compositions inspirées en la misère et la désespérance, et proposent la solidarité comme une attitude possible pour les combatre.
(Discmedi/DM 356-02) 1998
En 1998 le disque BIG MAMA ELÈCTRIC BAND " SER O NO SER" montre des autres inquiétudes de l´artiste. La condition humaine abordée comme une dualité création-destuction, l´amour comme un valeur pour rédimir l´humanité, la contemplation ironique de la societé et de sa manipulation, etc, ... sont les idées sur lesquelles tourne ce travail. (Il a devenu finaliste aux Prix de la Musique de la Société Géneralle des Auteurs et Éditeurs en 1999, en la catégorie du meilleur disque de jazz d´Espagne).
L´année 1999 BIG MAMA est dédiée à faire HOMMAGE AUX DAMES DU BLUES, un projet où la femme créative prend un protagonisme à travers des compositions de blues de tous les temps.
En décembre du même an, elle enrégistre trois pièces avec THE NEW ORLEANS BLUE STOMPERS, pour le disque " HELLO SATCHMO", et participe avec le groupe au Festival International de Jazz de San Sebastián (2000).
(Discmedi/DM 534-02) 2000
TABLEAU DE BLUES est le spectacle et aussi le disque que l´artiste travaille pendant le période 2000-01. En formation de trio, on montre l´émotion du blues et l´envie de vivre, et on invite au public à y participer activement.
Photo: Martí Grande
En 2001 BIG MAMA enrégistre un thème avec la véterane big band catalane LA LOCOMOTORA NEGRA pour célébrer les 30 ans d´éxistence de l´orchestre, et participe au 33ème édition du Festival International de Jazz de Barcelone dans le tribute qu´ils rendent à LOUIS ARMSTRONG, en hommage aux 100 ans de la naissence du Ambassateur du Jazz. Le spectacle a eu beaucoup de succés et on l´a prorogué pour une autre journée, et l´emblématique PALAU DE LA MÚSICA CATALANA s´est rempli deux jours avec les aimants du jazz traditionnel.
(Discmedi/DM 627-02) 2001
En octobre de 2001, BIG MAMA & JOAN PAU CUMELLAS travaillent sur les textes d´ANDREW NEILSON, et éditent un nouveau album: " STIR THE POT", où la paix et la maintennance des idéals en sont le squelette. En formation de duo, ils proposent un concert intense et libre, pour n´y rester indifferent.
(Discmedi/DM 825-02) 2003
L´été de 2003 les deux compagnons consacrent leurs efforts à travailler le disque "EN EL NOM DE TOTS". Dans ce disque on y trouve aussi des morceaux de textes d´ANDREW NEILSON, quelques blues classiques et aussi des compositions de Big Mama en catalan et espagnol. Le coeur du disque aborde la souffrance des gens qui vivent des guerres, le blues des innocents, la douleur des exilés... et l´espoir de changer le monde avec les paroles et la musique.
(Discmedi/DM 4059-02) 2005
En 2005 BIG MAMA enregistre "BLUES ROOTED" un disque avec un titre métaphorique pour se laisser transformer dès les sentiments, en reconnaissant les autres comme des branches d´un même être animé par une existence commune.
(Putumayo Records/PUT 253-2) 2006
En 2006 la compagnie discographique nordaméricaine Putumayo Records fait un disque de récopilation de blues pour aider la fundation Music Maker Relief Foundation www.musicmaker.org, qui s´occuppe des blueswomen and bluesmen du sud des États Unis sans recours économiques, et qui aide aussi aux musiciens victimes du Katrina. BIG MAMA et VICTOR URIS apportent le morceau NO WAY OUT interpreté par eux mêmes. Dans ce disque (distribué par tout le monde) on y trouve la partitipation d´artistes très importants come Taj Mahal, Bonnie Raitt, Otis Spann, Amar Sundy, Eric Bibb, Maria Muldaur, Jarabe de Palo, Rory Block, Habib Koité, etc.
 En 2007 Big Mama est élue l´ Artiste BluesCat 07 par l´Association de Festivals de Blues de la Catalogne. Au même temps elle participe en la campagne éducative Anem al Teatre! (Allons au Théatre!) avec des conférences-concert pour approcher Le Blues aux enfants (5000 enfants).
Photo: Ángel Marín
 En 2008 Big Mama continue avec son travail pédagogique aux écoles et avec ses activités de diffussion du blues.
Ses travaux discographiques sont:
- BIG MAMA BLUES ROOTED (Discmedi/DM 4059-02) 2005
- BIG MAMA & JOAN PAU CUMELLAS EN EL NOM DE TOTS (Discmedi/DM 825-02) 2003
- BIG MAMA & JOAN PAU CUMELLAS STIR THE POT (Discmedi/DM 627-02) 2001
- BIG MAMA avec JOAN PAU CUMELLAS et MIGUEL TALAVERA TABLEAU
DE BLUES (Discmedi/DM 534-02) 2000
- BIG MAMA ELÈCTRIC BAND SER O NO SER (Discmedi/DM 356-02) 1998
- BIG MAMA & VÍCTOR URIS EL BLUES DE L´OMBRA BLAVA (Discmedi/DM 179) 1996
- BIG MAMA avec VÍCTOR URIS et AMADEU CASAS EL BLUES DE LA
INFLACIÓ (Discmedi/DM 071) 1994
- BIG MAMA & THE BLUES MESSENGERS (Mas i Mas Records 003) 1993
- BIG MAMA & THE BLUES MESSENGERS BLUES, BLUES, BLUES! enregistré en 1992
(Discmedi/DM 107) 1995
- BLUES REUNION `90 (Foc Nou/FN 161) 1990
Collaborations discographiques (les plus pertinentes)
- L´HARMÒNICA COIXA BLUES BAND WALKING BLUES (1991)
- LA VELLA DIXIELAND avec BIG MAMA et JOSEP Mª FARRÀS RAGTIME (1995)
- LES CANÇONS DE TEMPS ERA TEMPS (2000)
- NEW ORLEANS BLUE STOMPERS HELLO SATCHMO!-THE LOUIS
ARMSTRONG MUSICAL STORY (2001)
- LA LOCOMOTORA NEGRA SWING ALS 30 ANYS (2001)
- VICTOR URIS DE LADO A LADO (2002)
- AMADEU CASAS STROLLIN´ BAND (2005)
- BLUES AROUND THE WORLD (PUT 253-2) (2006)
- ESCLAT GOSPEL SINGERS FROM ROOTS TO HEAVEN (XGC-001) (2008)
INTERVIEW PUBLIÉE À L´AGENDA DU BLUES (2006)
Comment es-tu venue au blues ?
Quand j'avais quatorze ou quinze ans j'aimais beaucoup le hard rock et je suis devenue une passionnée de Jimi Hendrix. Il est possible que le morceau "Red House" fût le premier blues que j'ai écouté! Quelques années plus tard, j'ai commencé à écouter du jazz en live à Barcelone où j'ai connu des musiciens locaux que je suivait partout! J'ai découvert le blues à partir du jazz et j'ai commencé à acheter des disques et à faire connaissance avec cette belle et profonde musique qui m'a touchée et émue.
Quelle est l'histoire de Montserrat PRATDESABA avant les Blues Messengers ?
Je chantais dès que je pouvais le faire! Quand j'avais douze ans, j'ai commencé à jouer de la guitare et à composer mes propres morceaux. A l'âge de quatorze ans, en duo avec une amie, nous avons participé à un concours de chanson catalane et nous avons été finalistes. J'ai fait mon premier concert avec cette amie, à cet âge, dans une fête votive de notre petit village. Ensuite, j'ai continué à jouer de la guitare dans des formations locales. Mais j'aimais étudier et j'ai donc suivi un cursus universitaire pour être technicienne du son. Dans le même temps, j'étudiais le chant classique et la basse électrique. Quand j'ai fini mes études d'ingénieur en télécommunication, j'ai débuté à la télévision catalane en tant que technicienne d'exploitation (c'est-à-dire dans le domaine audiovisuel!). J'avais alors 23 ans.
Big Mama existait-elle déjà ?
A Barcelone, j'aimais beaucoup jouer et chanter pour mes amis dans un petit bar qui s'appellait "Dr. Watson". On s'amusait beaucoup et je chantais des morceaux de Bob Marley, Eric Clapton, Bob Dylan, etc. et quelque blues. Mais ce bistrot a été fermé et mes amis et moi avons cherché un autre endroit pour écouter de la musique. Nous avons découvert qu'à "La Cova del Drac", un emblématique club de jazz, on jouait du blues chaque mardi. Nous avons décidé d'y aller.
Un jour, j'ai demandé à chanter avec le groupe qui y jouait, et pendant que je chantais quelqu'un a commencé à crier "Big Mama, Big Mama!". C'est le surnom que mes amis ont eu l'idée de me donner quand, pour la première fois, ils m'ont entendu chanter au micro. J'avais presque 25 ans. À partir de ce moment, j'ai fréquenté La Cova del Drac chaque mardi et les musiciens m'ont demandé de chanter avec eux. On s'appellait "The New Blues Explosion", puis des années plus tard "Blues Reunion" et nous avons enregistré une cassette intitulée "Blues Reunion'90". En 1992, "Blues Reunion" est devenu "Big Mama & The Blues Messengers".
A partir de 1992, le groupe associé à Big Mama s'appelle "The Blues Messengers". Aviez-vous un message à faire passer, vouliez-vous militer pour la reconnaissance du blues ?
L'idée du nom The Blues Messengers est venue du batteur du groupe, Caspar St. Charles, probablement pour faire un jeu de mots sur "The Jazz Messengers" d' Art Blackey. On a trouvé que c'était un bon nom parce que nous avions l'intention de faire connaître le blues et ses artistes. Il te faut savoir que quand nous avons commencé à jouer du blues, il n'y avait pas beaucoup d'endroits où jouer cette musique, et qu'il n'y avait pas beaucoup du public. Mais à partir du moment où nous avons fait un travail un peu sérieux, nous avons eu de bons retours ; de 1989 à1991 il y avait de longues files d'attente de jeunes étudiants pour nous voir chaque mardi à La Cova del Drac, puis en 1992 et 1993 à La Boîte où les gens remplissaient la salle, chaque jeudi, dans une atmosphère très électrique.
Comment doit-on comprendre le terme "Messengers" ?
Il faut imaginer The Blues Messengers comme des gens qui "vivaient" le blues, qui voulaient faire connaître cette musique, et ça nous amusait beaucoup. Nous étions alors des passionnés de cette musique et nous aurions aimer la jouer presque exactement comme la jouaient les bluesmen. Victor Uris, un très bon ami, m'a dit une fois que j'étais un peu une "fondamentaliste du blues" parce que je pensais qu'il faut respecter les morceaux tel que les artistes du blues les interprétaient. C'est à dire que je voulais appréhender toutes les nuances et comprendre cette musique et son esthétique pour pouvoir y m'exprimer avec feeling. (Actuellement mon opinion est différente et s'est ouverte à la créativité sans frontières).
Le nom de Big Mama était-il choisi pour renseigner le public sur ton style de chant ou était-ce plutôt un hommage aux grandes chanteuses noires dont tu te sentais artistiquement proche ?
Comme je l'ai expliqué pour le surnom de Big Mama, c'est à cause de mes amis, mais j'ai bien aimé ce mot et je l'ai adopté pour m'identifier. Au début, j'associais le terme "Big Mama" au blues, sans connotation de genre. Je dois vous avouer que ne me trouvais pas différente des autres musiciens du groupe.
C'est en 1994, quand on a organisé un hommage à Bessie Smith pour célébrer le centenaire de sa naissance, que j'ai commencé à percevoir quelques différences entre le blues féminin et l'autre blues, plus habituel, joué par des hommes. J'ai fait quelques recherches pour connaître Les Dames du Blues, pour savoir des choses sur leurs vies et leur histoire. Memphis Minnie était un exemple de féministe sans que, probablement, elle-même le sache! J'ai découvert les difficultés que ces femmes s'efforçaient de surpasser et expliquaient dans leurs blues. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à m'identifier aussi comme une "big mama"!.
Alors que tu es une femme, pourquoi les reprises sont presque systématiquement celles d'auteurs et d'interprètes masculins ?
Comme je l'ai expliqué, j'ai fait un travail d'investigation pour connaître le blues des femmes et aussi pour me connaître un peu plus moi-même! Mais nous n'avons pas encore enregistré de disque uniquement consacré aux Blues Ladies. Il y a quelques années, dès ma découverte de l'Impératrice du Blues, Bessie SMITH, j'ai fait des concerts en hommage aux femmes du blues et quelques conférences avec des projections audiovisuelles sur les blueswomen. De fait, je ne suis pas tout à fait d'accord avec la question posée. Je vais essayer d'argumenter mon opinion. J'ai enregistré neuf disques, une cassette et quelques collaborations avec d'autres amis musiciens. On trouve, sur "mes" disques, 62 morceaux sur lesquels j'ai fait quelque apport, soit sur le plan musicale, soit sur le plan poétique. Ceci est quand même bien ma contribution au blues féminin!
Il faut savoir aussi qu'il y a des blues composés par des hommes mai qui sont chantés par les femmes, comme par exemple "Won't You Come Home Bill Bailey", "Saint Louis Blues", "Please Don't Talk About Me When I'm Gone", "Summertime", "Why Don't You Do Right", et d'autres que j'ai écouté interprétés par des hommes et aussi par des femmes comme par exemple "Breaking Up Somebody's Home" ou "Hound Dog" (qu'on attribue à Big Mama Thornton).
J'ai enregistré deux fois "Nobody Knows When You're Down And Out" composé par Ida Cox (bien qu'on dise que l'auteur était son mari ), ou encore "God Bless The Child" de Billie Holiday et Arthur Herzog, ou "Wasted life Blues" de Bessie Smith. J'ai aussi enregistré un morceau d'Odetta, "Oh, my Babe", et un autre d'Alberta Hunter "You Gotta Reap Just What you Saw" avec l'orchestre La Vella Dixieland, puis "See, See Rider" de Ma Rayney ou "Careless Love" de W.C. Handy (interprété par beaucoup de femmes) avec The New Orleans Blues Stompers, et enfin j'ai chanté aussi avec mon amie Lotti Lewis, sur son premier disque "Echoes of heartbeats", tous les "spirichils" qu'elle chantait quand elle était petite fille, et que sa mère et sa grand-mère chantaient à la maison.
Autre façon de voir les choses : j'ai enregistré tous ces morceaux, ce qui fait que par moi ces blues deviennent aussi des blues féminins!
Passer d'un big band de 7 personnes à des titres aussi intimistes et laissant une grande part aux duos, est-ce un choix artistique dicté par l'envie de faire autre chose ou bien est-ce le résultat d'une évolution au fil du temps ?
Mon évolution est totalement inespérée et il y a quelques fois où effectivement, pour se faire, j'ai dû imposer une rupture avec le passé. Quand j'ai commencé à jouer le blues, il y avait en moi la volonté de faire connaître cette musique. Ensuite, j'ai fait une analyse introspective pour savoir ce qui se rapproche de moi dans le blues. J'avais besoin de définir ce qui m'était essentiel, de connaître les valeurs de la vie que je voulais suivre. La musique est devenue pour moi un moyen d'expression, un mode de vie, et pas seulement du feeling.
En 1992, j'ai quitté mon travail très bien rémunéré à la télévision pour l'incertitude de pouvoir vivre uniquement du blues. En 1993, le groupe The Blues Messengers s'est désintégré à cause d'une accumulation de problèmes individuels imprévisibles de la part de certains musiciens, et tous mes rêves ont disparu. Ça m'a pesé de ne pas avoir d'indépendance économique, de ne pas pouvoir pas payer le loyer de mon appartement, de n'avoir rien à manger.
Par chance, j'avais de bons amis, comme Victor Uris, qui m'ont beaucoup aidé. Victor Uris est un harmoniciste handicapé (il est tétraplégique à la suite d'un accident de moto quand il avait 14 ans, mais il a un peu de mobilité dans les bras et il joue très bien de l'harmonica malgré ses limites physiques) qui habite à Majorque. Nous sommes amis depuis 1988, grâce au blues, parce qu'il avait un groupe qui s'appelait "L'Harmonica Coixa Blues Band" (littéralement traduit : "L'Harmonica Boiteux Blues Band") et que je suivais. Quand je me sentais seule et démoralisée à cause de la disparition des Blues Messengers, Victor m'invitait à aller chez lui et à jouer avec son groupe dans les fêtes de Palma de Mallorca. Tout ça m'a beaucoup aidée et m'a fait récupérer des forces et, en février 1994, nous avons organisé une petite tournée en duo. On a terminé avec l'enregistrement du disque "El Blues De La Inflaciò" ("Inflation Blues") avec le guitariste Amadeu Casas, à l'auditorium "Paper De Musica" ("Papier A Musique") de la ville de Capellades, que la propriétaire Gemma Romanyà nous a confié gratuitement. C'était une renaissance pour moi et je l'ai surmontée avec dignité, grâce à mes amis.
À partir de cette époque, j'ai commencé aussi à chanter avec un autre très bon ami musicien, Ignasi Terraza que je connaissais depuis 1983, et que je suivais partout en tant qu'amie et admiratrice. Avec ce pianiste, qui est aveugle comme le grand Tete Montoliu, nous avons préparé un hommage à Bessie Smith en 1994 et nous avons aussi commencé à jouer ensemble dans un groupe orienté vers un répertoire féminin au style swing. J'ai des archives de concerts enregistrés mais nous n'avons jamais fait de disque de cette période musicale pourtant très bonne et bénéfique pour moi (on peut écouter Ignasi Terraza sur le disque "En El Nom De Tots" (Big Mama & Joan Pau Cumellas - 2003) où Ignasi y joue trois morceaux).
En décembre de 1994, l'organisation du Festival de Jazz de Terrassa, le plus ancien de la Catalogne, m'a demandé de chanter avec Melvin Taylor et son Chicago Blues Band. Nous nous sommes beaucoup amusé et je me suis alors dit que j'aimerais faire du Houserockin'. C'est la raison pour laquelle, en même temps que je jouais avec le groupe de swing, nous avons monté un autre groupe qu'on appelait Big Mama & The Mouserockers. C'était fabuleux et ce fut une très bonne expérience musicale. Malheureusement, nous n'avons jamais édité nos enregistrements live.
En 1995, on m'a demandé de chanter avec un orchestre de dixieland, "La Vella Dixieland" ("La Vieille Dixieland"). Je me suis lancée et nous avons enregistré un disque ensemble sur lequel je chante trois morceaux. La même année, on m'a aussi proposé de faire une tournée dans des festivals de jazz européens avec l'orchestre argentin "La Porteña Jazz Band" que je ne connaissais pas. J'ai accepté et nous avons fait Marciac, San Sebastian, Orange, Luxey, Nuremberg, Megève, etc.
En 1996, j'étais un peu fatiguée et j'avais deux pseudoquistes aux cordes vocales que je devais faire opérer. J'étais un peu angoissée parce que je craignais de perdre ma voix! Avant mon opération, nous avons mis un terme à tous ces groupes, et j'ai proposé à Victor URIS de faire un autre disque ensemble (à ce moment-là, Victor n'avait aucun groupe). Ce fut le disque "El Blues De l'Ombra Blava" ("Le Blues De l'Ombre Bleue") que nous avons enregistré à Majorque et que nous avions très bien préparé avec des musiciens de l'île.
Après mon opération, Victor et moi avons décidé de jouer ensemble et nous avons fait une tournée d'un an et demi. C'était un peu fatigant pour Victor parce qu'il fallait qu'à chaque fois il prenne l'avion entre Majorque et Barcelone.
Vers 1998, j'ai décidé d'enregistrer un disque presque tout en catalan avec de très bons amis et on l'a appelé "Ser O No Ser" ("To Be Or Not To Be") par "Big Mama Electric Band". Pour la tournée qui s'ensuivit, j'ai demandé l'aide de musiciens professionnels, et c'était un groupe très puissant, surtout en public. Mais après avoir joué un an, le guitariste David Soler a eu l'opportunité d'aller aux États Unis pour étudier et nous avons donc dissous le groupe.
Je connaissais Joan Pau Cumellas depuis quelques années et il faisait quelques remplacements dans l'Electric Band, lorsque le saxophoniste Aljosa Mutiç ne pouvait pas jouer. Joan Pau pensait abandonner son travail pour se consacrer exclusivement à l'harmonica. Je trouvais que c'était un très bon musicien et on a décidé de faire quelque chose ensemble. À partir de ce moment-là, on a mis sur pied un trio appelé Big Mama Acoustic Band avec le batteur Jordi Golmayo. Le répertoire était constitué de blues féminins. On a tourné de 1999 à 2000.
En parallèle, nous avons donné naissance à Tableau de Blues, un trio comptant Joan Pau, le guitariste Miguel Talavera et moi, pour jouer chaque mercredi dans la nouvelle Cova Del Drac. Alors qu'avec l'Acoustic Band on faisait du blues féminin, Tableau de Blues était pour faire du blues un peu plus "général", un assortiment de blues. Finalement, nous avons décidé d'enregistrer un disque en public avec cette formation et nous avons tourné de 2000 à 2001. Nous avons également fait un autre disque, "Stir The Pot", en 2001, à la salle "Paper De Música" sur des poèmes d'Andrew Neilson, un bon ami très créatif qui écrit des textes magnifiques. C'était un disque intimiste, enregistré en deux jours, sur lequel je tiens la guitare acoustique et Joan Pau joue l'harmonica sans aucun effet de distorsion.
Après avoir enregistré ce disque, nous avons fait un enregistrement studio, en 2003, sous le nom de Big Mama & Joan Pau CUMELLAS intitulé "En El Nom De Tots" ("Au Nom De Tous").
Puis le dernier projet qu'on a fait, c'est le "Blues Rooted" de Big Mama en 2005, avec lequel je vais faire des concerts en solo.
Comme vous voyez, il y a eu beaucoup d'activité entre chaque disque! Et bon, pour répondre à votre question, on peut en conclure que mon évolution artistique est due à une adaptation aux circonstances!
Comment se fait le choix de l'anglais ou du catalan pour les textes, et pourquoi le Catalan (outre le fait que c'est ta langue) ?
Je considère le blues comme une culture populaire que j'ai apprise à travers les disques, les concerts où les livres. Mais je ne suis pas née dans une société où le blues fait partie de la tradition. Malgré cela, je me sens "contaminée" par le blues et je ressens une émotion profonde et sincère quand je l'écoute. C'est pour ça que je respecte énormément l'expression des artistes blues et que je considère le blues comme un langage en soi. J'aime bien chanter le blues dans sa langue originelle, l'anglais un peu transformé et popularisé. Mais quand je réfléchis à un morceau que je veux composer pour faire passer un message particulier, je cherche l'idiome qui me permette de le faire d'une façon plus directe. Dans mes compositions, on peut trouver différents thèmes et on les a interprétés en catalan, en anglais ou en espagnol. Les morceaux que j'ai écrits en catalan le sont dans le but de me faire comprendre dans ma propre société avec ma langue, parce qu'il y a peu de gens qui parlent anglais, et il y a un pourcentage encore plus faible de gens qui comprennent l'anglais du blues.
Pourquoi avoir choisi "Africa" pour la création d'un clip ?
Je pense que "Africa" est un appel au secours, parce qu'en Afrique il y a beaucoup de gens qui n'ont aucune possibilité de sortir de la misère, et la mort est partout: les guerres, la pauvreté, le sida, l'absence de médicaments, etc. L'Afrique est pourtant un continent plein de blues! Je suis consciente que notre petite chanson et notre vidéo sont une goutte d'eau dans un océan, et que son effet sera probablement minuscule. Mais mon intention est de jouer "Africa" dans les concerts afin de sensibiliser le public à la situation des immigrants désespérés qui arrivent dans nos pays pour trouver des solutions solidaires. C'est un peu difficile, mais on y travaille!
Au moment où nous faisons cette interview, tu oeuvres pour la "Journée de la Femme Travailleuse". Quelle est ton action ? Es-tu très militante et sur quels sujets ?
Je milite un peu pour les Droits Humains et pour les valeurs écologistes. Je ne suis d'aucun parti politique parce que je veux décider librement de mes opinions. Je pense que les femmes, les enfants, les vieillards, les handicapés et les gens qui sont malades sont les plus faibles de notre société et qu'on ne peut pas les oublier s'ils ont des problèmes. C'est pour ça que j'ai fait des actions pour reverser les bénéfices à des associations de femmes maltraitées, où bien à des ONG, où pour acheter une machine pour un hôpital avec laquelle on peut guérir le cancer du sein, etc. J'ai fait d'autres actions pour les malades atteints d'Alzheimer, pour aider les assistantes familiales (ce sont habituellement des femmes) qui soignent leurs parents, etc. Bon, franchement, je ne me souviens pas de tout ce qu'on a fait pendant ces dernières années. Ce que je vous explique, c'est un petit exemple de collaboration humaine. Mais je suis sincère, et je pense que si on veut, on peut trouver des formules pour aider les autres.
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